|
Se relier à la nature
le 13 novembre 2010
Parfois les gens me posent des questions très étranges telles
que « Pourquoi aimez-vous organiser ou encourager vos amis
et étudiants à faire des pratiques physiques très difficiles,
comme les Pad Yatra, les Ngöndro, le jardinage, etc. ? »
Normalement, je me contente de sourire. Pourquoi est-ce que
les gens modernes ont besoin de poser plein de questions étranges
? Voilà ce que je me demande. Il y a des siècles, nous n’avions
jamais toutes les machines modernes qui facilitent tant notre
vie, mais quelle est la conséquence de cette facilité sur nous
? Physiquement, nous semblons nous porter mieux. Chaque fois
que nous voyons des vieilles photos de personnes marchant sur
des routes en terre ou faisant des travaux très difficiles comme
laver les vêtements à la main, couper des légumes, etc., nous
avons l’impression d’avoir beaucoup de chance. Mais en fait,
est-ce que nous nous portons mieux intérieurement ?
Nous sommes plus agités. Notre esprit est comme une bête sauvage.
Il ne peut pas rester en place. Nous n’arrivons pas à être paisibles.
Au Mont Druk Amitabha, j’ai récemment fixé des limites pour
surfer sur internet et aller sur Facebook. Ce genre de communication
moderne peut être transformée en une activité qui crée de la
dépendance et gâche du temps. Je finis moi-même par regarder
l’écran d’ordinateur pendant des heures, et pourtant, rien n’est
accompli. Ils l’appellent un monde « virtuel », et je pense
que c’est une description parfaite du monde informatique, parce
que « virtuel » veut dire que c’est « illusoire », que ce n’est
pas réel. Le monde entier est accroché à ce phénomène « virtuel
». Certains de mes amis sont accrochés à planter des arbres
« virtuels », à avoir des animaux de compagnie « virtuels »,
à devenir propriétaires d’entreprises « virtuelles », etc. Cela
a l’air très mignon, mais il peut être très dangereux. Les gens
ne se rencontrent pas pour communiquer. Ils se contentent de
se servir de l’ordinateur, du téléphone portable et de tous
les différents gadgets pour laisser un message ou pour chatter
avec leurs amis, qu’ils n’ont jamais rencontrés dans certains
cas, ou avec qui ils n’ont jamais parlé. C’est pourquoi certains
de mes amis ont des milliers « d’amis » qu’ils ne connaissent
pas. Quel monde ! Nous devons être le chef qui commande ces
machines et non le contraire. Si nous ne pouvons nous contrôler
et nous empêcher d’en devenir dépendants, alors nous devons
être prudents et attentifs. Tout ce qui rend dépendant n’est
pas bon.
Comme vous le savez, je pensais n’organiser qu’un Pad Yatra
tous les deux ans. Mais maintenant que tout devient « virtuellement
» plus actif, je pense que ce serait mieux d’organiser un grand
Pad Yatra par an ainsi que quelques mini-Pad Yatras entre deux.
Je dois même m’obliger à aller marcher, et ainsi me sentir relié
à la nature. Je me suis par ailleurs fait la promesse que je
n’utiliserais pas l’ordinateur plus de deux heures par jour.
Sinon, je ne verrai bientôt plus. Mon esprit s’en ira aussi
à des endroits « virtuels ». Malheureusement, il s’agit d’une
autre sorte de samsara. Je dirais un samsara « virtuel ». D’ici
peu je deviendrai « virtuel » pour certains parmi vous
! Il n’y a nul besoin de faire des prosternations physiquement
; vous pourrez mettre un icône d’humain sur votre ordinateur
pour le faire à votre place. Il n’y a nul besoin de rencontrer
le gourou pour obtenir ses bénédictions et recevoir les enseignements
; cela pourra se faire « virtuellement ». Je ne dis pas que
ce n’est pas bien. Cela peut représenter un moyen, mais pas
la destination. Nous ne sommes pas des robots. Nous avons besoin
d’établir des connexions « authentiques » et non « virtuelles »
avec des personnes et la nature pour savoir que nous faisons
partie de la nature, que nous sommes la nature !
Vous devez vous contrôler très minutieusement. La minute que
vous arrivez au bureau, ou la minute que vous entrez dans votre
propre chambre, que faites-vous ? Est-ce que normalement vous
avez une bonne conversation avec vos parents, votre partenaire
ou vos amis ? Est-ce que vous allez dans le jardin ou au parc
sentir la brise de la nature ou profiter des couleurs des fleurs
et des arbres ? Ou est-ce que vous sautez sur votre ordinateur
pour rapidement vérifier si vous avez des e-mails ou si vous
avez des messages ? Ou quand vous conduisez la voiture, est-ce
que vous êtes entièrement présent en conduisant, ou plutôt en
train de parler au téléphone portable ou d’envoyer des sms ?
Toutes ces activités « virtuelles » nous séparent encore plus
du présent et de notre propre nature.
Alors ce que j’ai fait le week-end dernier était de traîner
toutes mes nonnes, des centaines, faire un Pad Yatra jusqu’à
Gokarna, l’une des plus hautes montagnes dans la vallée de Katmandou.
Il ne s’agit pas seulement de l’entraînement ou d’un échauffement
pour le prochain Pad Yatra au Sikkim, mais aussi d’un exercice
de méditation afin de rapprocher notre personne physique à
notre for intérieur. Et puis, bien sûr, nous avons ramassé des
tas de détritus en route. On aurait tendance à penser que ce
genre de montagne en altitude serait très propre et paisible.
Mais la vérité est que les gens n’apprécient pas l’environnement.
Ils le salissent d’emballages plastiques de nourriture mal saine,
de bouteilles d’eau minérale, de plastique et de déchets non
biodégradables. J’étais très choqué par la quantité de déchets
que nous avons ramassée. À moins que l’attitude des gens ne
change et que chacun de nous apprenne à améliorer notre être
et notre compréhension intérieurs, quelques-uns parmi nous continueront
à nettoyer l’environnement et ce ne sera jamais propre. Je pense
qu’il y a besoin de beaucoup d’éducation et d’activités non
seulement par nous, mais par tous dans ce monde afin que nous
puissions tous en faire un endroit meilleur, plus vert et plus
heureux.
Un Pad Yatra devrait être considéré comme une forme active
de retraite. C’est pourquoi les gens doivent être conscients
qu’ils ne devraient pas avoir d’attentes étranges quand ils
viennent participer à un Pad Yatra, quel qu'il soit. Je sais
que mon secrétariat a refusé l’inscription de plusieurs personnes.
Il y a plusieurs raisons. Quand nous prenons part à un pèlerinage
en groupe, et notamment à un Pad Yatra en groupe, chaque pèlerin
doit veiller à son comportement et à sa motivation. Je sais
que certaines personnes cherchent à participer afin de se rapprocher
physiquement de nous, et malheureusement, la plupart du temps
je suis la principale cible. Il faut être spirituellement proche !
C’est tout ! La dévotion au gourou n’est pas un sujet romantique.
Si vous avez ce genre de motivation, alors le résultat final
sera catastrophique pour vous-même. L’inscription de certaines
autres personnes n’a pas été acceptée en raison de problèmes
potentiels de santé. D’autres n’ont pas été approuvées parce
que je sais que certaines personnes ont fait des efforts terribles
pour emprunter de l’argent à de nombreuses personnes
afin de pouvoir se joindre au pèlerinage, sans toutefois avoir
le moyen de les rembourser. Je n’encourage pas ce genre de comportement.
Il finira par gâcher votre pratique spirituelle et vos relations
avec votre famille spirituelle. Vérifiez vos capacités et agissez
en conséquence. Un Pad Yatra avec moi n’est pas la seule pratique
spirituelle que vous pouvez faire.
J’étais très heureux que, cette fois, quand nous sommes allés
pique-niquer à Mirik après les programmes à Darjeeling, j’ai
eu l’occasion de voir l’un de mes très anciens amis, Khenpo
Lodo Dönyöd. Il m’a invité à visiter son monastère et j’ai accepté.
Il y accueillit des centaines de jeunes petits moines qui reçoivent
une formation dans la lecture et la compréhension des textes
sur le Dharma, une activité merveilleuse qu’il est en train
de mener.
J’étais aussi vraiment ému que ce soit notre bien-aimé Thuksey
Rinpoché qui me conduit. Il m’aidait parfois comme un assistant
et prenait soin de moi avec tant de bienveillance. Par moment,
je trouve cette situation très étrange. Dans sa vie précédente,
il fut le fils de ma 10ème incarnation et mon propre gourou.
Maintenant, il est mon disciple et mon adepte. Je dois dire
que c’est une relation assez intéressante. Nous étions dans
cette grande voiture offerte par quelqu’un, nous déplaçant tout
en prenant plaisir à discuter. Ceux qui me connaissent depuis
longtemps savent que j’aime beaucoup les voitures. C’était un
cadeau superbe que j’ai reçu, même si je ne m’attendais à rien.
Dans les enseignements, il est toujours dit que nous devrions
offrir tout ce qui plaît au gourou ou tout ce dont il a besoin
(mais bien sûr, avant d’appeler quelqu’un votre gourou ou de
le considérer ainsi, il faut contrôler et vérifier s’il ou elle
est authentique ou non). J’espère que je suis capable de faire
pareil avec mes propres gourous. La plupart sont maintenant
partis, sauf trois ou quatre qui sont encore là. Chaque fois
je les rencontre, je fais de mon mieux pour réaliser leurs souhaits.
En réalisant leurs souhaits de plein gré, je pratique la dévotion.
C’est assez étrange quand certains de mes soi-disant étudiants
ne réalisent mes souhaits que quand ces derniers correspondent
aux leurs.
Au fait, j’arrive au temps limite pour mon utilisation de l’ordinateur.
Au revoir pour le moment !
|








|