Les grands moments de la vie

le 31 décembre 2010

Il m’a fallu assez longtemps pour m’habituer à ce que je vois et où je me trouve après presqu’un mois dans des zones à l’état sauvage en contact direct avec la nature. Comme vous le savez tous, nous venons juste de finir notre Pad Yatra à Kanchenjunga au cours duquel nous avons visité de nombreux sites sacrés du Sikkim et ramassé des tas d’ordures. En fait, j’étais plutôt surpris que le Pad Yatra se soit très bien passé. Il s’améliore tous les ans. Chaque année, tout le monde semble en profiter davantage. On dirait que ce programme de Pad Yatra devra devenir un événement annuel ; c’est presque comme quelque chose qu’on ne peut arrêter. Même si ma motivation à l’origine n’était pas d’organiser un Pad Yatra tous les ans, quelque part c’est devenu le cas. Nous en profitions tellement que je crains que nous y ayons développé une addiction.Je me disais que s’il y a une amélioration spirituelle grâce à l’expérience du Pad Yatra, alors ce n’est pas une mauvaise idée d’en faire un événement annuel. La plupart des gens espèrent toujours que nous aurons un Pad Yatra au Mont Kailash. Enfin, tant que nous n’avons pas l’accord officiel, il n’y a rien que nous puissions faire. Alors nous ne savons pas quand est-ce que ce rêve de marcher au Mont Kailash se réalisera.

Puisque l’Inde où je suis né est libéral et compréhensif quand il s’agit d’un Pad Yatra ou d’autres activités spirituelles, je pense que nous devrions pouvoir visiter des endroits sacrés en Inde tous les ans. Par exemple, je songe à un Pad Yatra dans le sud de l’Inde l’année prochaine. Beaucoup de gens me demandent aussi d’organiser un pèlerinage à vélo afin que nous puissions voir de nombreux endroits en peu de temps. Cependant, compte tenu de mon état physique, et notamment mes jambes faibles, je ne suis pas sûr de pouvoir le faire et je pense que je pourrais me faire mal et que de nombreuses personnes pourraient être blessées lors d'accidents. Je ne sais pas si on veut vraiment ce genre de purification. Un pèlerinage à vélo serait très agréable pour les gens qui sont forts et en forme, pas comme moi – je suis tout simplement trop gros et faible pour faire ce genre de pèlerinage dangereux à vélo. Alors dans mon cas, marcher ou faire un pèlerinage à pied serait nettement mieux puisque c’est lent et régulier.

Cette fois-ci, j’ai fait une entorse à une de mes jambes en perdant l’équilibre pendant que je marchais sur une route couverte de petits cailloux. J’ai posé mon pied sur quelques-uns de ces derniers et me suis fait mal à la jambe en l’espace de quelques secondes. Je sais qu’il ne s’agissait pas uniquement de mon propre obstacle, mais aussi celui de l’ensemble des 300 personnes. Alors je ne l’ai pas laissé m’affecter le moral et ai marché avec cette jambe douloureuse pendant deux semaines, montant plus de 5 000 m et descendant encore 2 000 m. Maintenant que je me trouve en ville, je pensais faire vérifier ma jambe, juste pour m’assurer qu’elle ne s’empire pas.

Depuis le début du Pad Yatra jusqu’à la fin, je me battais contre toutes sortes d’obstacles. Je suis fier d’annoncer qu’après avoir lutté quelques semaines contre ces différents obstacles, j’en suis sorti victorieux. Tout d’abord, j’ai eu des soucis gastriques importants le jour de départ du pèlerinage, et cela ne s’est amélioré qu’hier, sans raison particulière. Extérieurement, j’ai pris tous les médicaments et cachets des différentes traditions, mais aucun n’a aidé. Chaque jour, cela me dérangeait et me rendait la vie tellement difficile. Il s’agissait aussi d’un très grand obstacle. J’avais honnêtement l’impression que quelqu’un se trouvait juste à côté de moi afin de créer des obstacles pour moi et nous tous. Je commençais à croire dans le vieil adage : quand vous faites de bonnes actions, à ce moment-là les esprits négatifs s’activent beaucoup. Par exemple, pendant que je marchais, je ne pouvais même pas regarder autour de moi, sinon je serais tombé. J’étais toujours obligé de me concentrer en un point sur la route. Si je commençais à profiter du paysage environnant, je vacillais comme un poussin tout juste sorti de son œuf. Je savais que je n’étais pas normalement comme ça, que je me portais mieux. Je savais qu’à chaque moment j’étais en train de lutter contre des obstacles, et que maintenant j’en suis sorti vainqueur.

Nous faisions aussi des pratiques quotidiennes à l’extérieur, jouant du damarou et réalisant des poujas du feu par -15°. Il n’y avait pas que moi – tous mes amis avaient dit qu’ils ne pouvaient sentir leurs doigts, leur nez, leur damarou… qu’ils n’avaient pas la force de bouger leurs lèvres pour chanter parce que la température était trop basse. Moi aussi, j’étais gelé, mais nous avons très bien réussi chaque jour et nuit. Grâce à Rigzin et à Lotus, notre souffrance était bien moindre. Chaque fois que nous rencontrions un froid aussi rude, ils arrivaient miraculeusement avec du thé chaud, et c’était une grande joie de voir de grands faitouts remplis de thé. Je pouvais voir tout le monde sourire dans le froid. De nos jours, en temps normal si nous buvions ce genre de thé, nous ne l'apprécierions pas tant. Mais à ce moment-là, à 5 000 m d’altitude, en train de geler par -15°, nous apprécions ce thé chaud vraiment beaucoup. Je ne sais pas comment remercier assez Lotus et Rigzin d’avoir organisé ce genre d’hospitalité chaleureuse au bon moment. Quelques garçons du Zanskar et de l’Himachal ont vraiment travaillé du cœur. Ils sont venus avec de grands sourires et de grands faitouts de thé. J’apprécie réellement leurs efforts. Je me souviens encore de leurs visages souriants et leur dur labeur. Cela ne me dérangerait pas de retourner à ces endroits avec ces personnes. Je serais plus qu’heureux d’y être plutôt que de rester dans une chambre luxueuse comme à l’heure actuelle.

Un luxe authentique se trouve réellement dans l’Himalaya et a besoin d’être préservé, nourri et maintenu propre. Nous avons tous une grande responsabilité de veiller sur les montagnes, l’eau, la chaîne Kangchenjunga, et non seulement cela, nous devons prendre soin de l’Himalaya autant que possible pour tous les êtres sensibles. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles nous avons organisé ce Pad Yatra écologique. Il nous faut apprécier la Terre mère et la garder verte et propre.

Nous voulons tous profiter de la vie, mais nous cherchons toujours des plaisirs furtifs et ne nous préoccupons pas de l’avenir. En réalité, nous devons garder la Terre mère en bonne santé, non seulement pour que nous puissions en profiter, mais aussi pour les générations à venir. Nous profitons des petites choses, mais ne réfléchissons pas aux conséquences futures. Ainsi, nous expérimentons des catastrophes ; nous les appelons des catastrophes naturelles. En fait, la plupart des catastrophes sont le fait des hommes, alors nous en tant qu’humains ne devrions pas causer de catastrophes. Bien sûr, rien n’est incongru. La nature elle-même est très paisible. C'est nous qui créons les catastrophes. Même si cela m’a beaucoup plu de marcher des kilomètres et des kilomètres dans des forêts vierges, je voyais néanmoins partout des tas de détritus en plastique et des déchets non biodégradables que nous, moines et nonnes, avons ramassé. Nous avons collecté environ 980 kg de déchets non biodégradables. Et pourtant, le Sikkim est l’un des endroits les plus verdoyants de l'Inde. Grâce au gouvernement du Sikkim et aux Sikkhimais, et aussi à la façon que tous les rois, gourous et maîtres du passé gouvernaient, le Sikkim est particulièrement vert. Même aujourd’hui, le gouvernement de l’état s’occupe activement de la nature et des forêts afin de les garder propres et vertes. Je me sens très honoré et encouragé.

En parlant de l’environnement, nous pensons mettre en place des centres de recyclage. Je ne sais pas où ils devraient être établis, mais cela devrait être fait rapidement. Vous pouvez voir dans les photos à quel point les moines et les nonnes ont travaillé dur. Même s’ils étaient très fatigués et avaient plein d’ampoules, ils ont travaillé sans relâche pour nettoyer l’environnement pour le bien des êtres et le monde. C’est très encourageant. Je pense que c’est quelque chose pour lequel on devrait tous travailler. Malheureusement, la plupart d’entre nous ne nous préoccupons pas tellement de ce genre de choses. Même si nous avons reçu une bonne éducation, nous avons encore la mauvaise habitude de tout jeter parce que nous ne pouvons voir immédiatement les conséquences négatives. Ces incidences négatives dureront de nombreuses années, des centaines d’années. Ce seront non seulement les humains, mais même les poissons, les animaux et toutes sortes d’êtres vivants qui souffriront avec nous au cours des prochaines générations à cause des catastrophes naturelles. Ces soi-disant catastrophes naturelles sont le résultat de notre négligence et égoïsme en jetant les ordures ici et là. Quand cela arrive, nous disons toujours que ce sont des catastrophes naturelles. Mais réfléchissez et vérifiez s’il s’agit de catastrophes naturelles ou non. J’espère et prie que tout le monde commencera à prendre plus connaissance et conscience de la nature et l’environnement, pour que la Bodhicitta et l’Amour puissent être pratiqués grâce à ce genre de compréhension, et qu’ultimement des activités qui aideront tous les êtres puissent être réalisées.

Puisque je viens d’apprendre que ce sera l’année 2011 dans quelques heures, je saisis cette grande occasion pour vous présenter à tous mes meilleurs vœux de santé, aussi bien spirituelle que physique, et de bonheur pour le Nouvel An à venir !

 

 


 

 



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