Emprunter cahin-caha un chemin peu fréquenté

le 25 juin 2011

Vous devez être assez surpris que, tout d'un coup, j'ai l'air beaucoup plus jeune. Certains d'entre vous pensent peut-être, « Oh, il a dû faire faire de la chirurgie esthétique puisqu'il ne s'est pas montré depuis un moment. » J'aimerais bien pouvoir faire quelque chose pour remonter le temps, mais ce dernier est quelque chose qui, une fois perdu, ne se récupère jamais. Pendant que j'empaquetais des affaires dans mon étude, j'ai trouvé un vieux disc avec toutes les vielles photos prises par mes vieux amis et étudiants. Je regardais les photos depuis les années 80 jusqu'à un temps récent. C'était un si grand enseignement sur le samsara, un rappel merveilleux de notre vie précieuse qui peut être utilisée pour un bien plus grand ou gâchée sur des choses dépourvues de sens, comme par exemple courir après nos désirs qui n'ont pas de fin, ou nos rêves de samsara sans fin et sans but.

La plupart d'entre nous pensent que l'impermanence est très loin, que l'éveil est très loin, que tout ce qui nous donne l'opportunité même de réaliser notre nature primordialement éveillé n'est pas à notre portée ou possible dans cette vie. Certains parmi nous ont même le sentiment que l'éveil spirituel se ramène à être une statue ou quelque but non productif. D'autres pensent que, puisque ce n'est pas possible, pourquoi ne pas s'enivrer de samsara, s'adonner aux dharmas mondains et oublier l'éveil, oublier la mort, oublier même le moment où nous étions si inspirés et émus quand nous avons pris refuge, quand nous avons rencontré nos gourous bien-aimés pour la première fois et quand nous avons passé de merveilleux moments à partager la joie de la compréhension avec nos amis et famille spirituels. Tous ces sentiments bons et positifs ont disparu après notre lune de miel spirituelle.

Et donc, nous laissons toujours nos esprits se livrer aux pensées négatives, nos paroles deviennent négatives et nos actions deviennent négatives. C'est le plus décourageant quand les amis spirituels se montent les uns contre les autres, peu importe que ce soit ouvertement ou secrètement. La beauté de la compréhension, de la tolérance et du pardon est non seulement réduite, mais aussi perdue. Certaines personnes deviennent plus critiques envers les autres après avoir fréquenté les milieux du Dharma. Au lieu d'encourager les nouveaux venus, ils créent des doutes et nourrissent des superstitions au nom du Dharma ou de la spiritualité. C'est de cette manière que notre temps est gâché et que nos graines de l'éveil spirituel sont progressivement détruites.

Nous devons toujours surveiller notre esprit et notre motivation. Si ces deux sont positifs, alors l'énergie que nous envoyons aux autres est également positive. Le doute est l'assassin n° 1 de notre motivation et notre intention d'être une bonne personne, et le premier assassin de nos relations avec les autres. Bien sûr, nous venons tous de milieux différents et nous réunissons dans une grande famille spirituelle grâce à notre propre connexion karmique. Puisque nous avons ce karma excellent de nous rencontrer, nous devons nous soutenir et nous encourager les uns les autres. Ce chemin spirituel que nous parcourons ensemble est plein de bosses, de cailloux et de nids de poule… nous devons soigneusement nous tenir la main et avancer ensemble avec chaleur, sincérité et compréhension. Rien n'est impossible à moins que nous ne pensions nous-mêmes que tout est impossible !

Nous devons êtres loyaux et sincères envers nous-mêmes, envers notre propre conscience. J'ai récemment entendu des gens dire qu'ils dédient leur vie entière à la pratique spirituelle. Quoi qu'ils fassent, ils le font pour tous les êtres. J'ai envie de les applaudir quand j'entends ce genre de choses parce que le faire chaque seconde de votre vie n'est pas une tâche facile. Mais quand vous vérifiez leurs actions, tout ce qu'ils font fait tellement de mal et inflige tellement de souffrance aux autres. Parfois ils le font au nom du Dharma, au nom de la spiritualité. La pratique spirituelle se fonde sur l'entraînement de votre propre esprit, de votre for intérieur. Il ne s'agit pas d'entraîner les autres, ni de combien vous avez de connaissances. Cela relève en vérité de combien vous êtes en mesure d'agrandir votre espace intérieur afin que le « je » rétrécisse jusqu'à ce que le « je » devienne un avec l'espace. Si vous avez cette notion de « je » et « les autres », et que vous ne cessez de voir les qualités négatives des autres, alors vous avez beaucoup de travail devant vous. Vous n'avez pas suffisamment parcouru votre propre chemin intérieur cahoteux.

Le chemin spirituel, c'est s'arranger soi-même. Pour commencer, il faut comprendre par sa propre expérience que rendre les autres heureux vous rendra heureux vous-même. Comprendre ceci par l'expérience et non par la théorie va en gros arranger une partie de vous-même et rendre la route cahoteuse en vous-même un peu meilleure. Chaque jour que vous essayez d'être un peu plus gentil aux autres, vous devenez une personne plus agréable vous-même, pas à pas, petit à petit. Ce sera une pratique efficace à long terme, mais il faut continuer à le faire. Cela devient également une pratique de maintien de votre propre conscience du moment présent. C'est de cette manière que vous transformez un chemin peu fréquenté en un autre qui l'est plus.

Alors un tas de vieilles photos m'a inspiré d'écrire tout ceci. Je vais bientôt être au Ladakh, en fait d'une minute à une autre. Mais grâce à la technologie moderne, je peux écrire de nombreux messages à l'avance et ils sortiront automatiquement une fois par semaine ou tous les 15 jours. Vous serez peut-être surpris que certains de ces messages ne soient pas en relation avec ce qui se passe au moment où ils sortent. Mais j'espère que cela vous amusera puisque tant de gens réclament que je continue à écrire des choses et à les poster ici. Bien que je sache que les personnes qui traduisent mes messages dans différentes langues souffrent beaucoup quand elles voient un long message ici, que faire ? C'est difficile de faire plaisir à tout le monde. C'est leur bon karma de pouvoir traduire, de partager quelques bavardages et d'amuser les lecteurs. Remercions tous les traducteurs !

J'aurais voulu avoir l'opportunité d'aller à l'école et d'étudier l'anglais pour que cela ne me prenne pas aussi longtemps d'écrire quelques paragraphes. Cependant, puisque je n'ai pas eu cette opportunité et que je commence à devenir assez âgé maintenant, il vaut mieux que vous acceptiez ce que vous lisez ici. Pas beaucoup le choix je crains, ha ha !

En tout cas, je dirais que le Ladakh est l'un de mes « chez-moi » préférés. Il est plein de bénédictions et de sa propre beauté naturelle. Historiquement, comme il est dit dans les textes, j'y ai passé beaucoup de temps au cours de mes vies précédentes, apparemment depuis le temps de Naropa. Si vous me demandez maintenant si je peux m'en souvenir, je peux dire avec certitude que le sentiment de familiarité et de chaleur est tellement fort qu'il est difficile de ne pas croire que j'ai passé des siècles au Ladakh et que je suis amoureux du Ladakh depuis une éternité.

Je tiens à remercier tout le monde au Ladakh, humains et non humains, d'en avoir fait un endroit si unique. Nous devons tous conjointement le maintenir, alors nous devons donner beaucoup de soutien moral et pratique à nos amis et à notre famille spirituelle au Ladakh. C'est l'une des principales raisons pour laquelle nous y organisons le 3ème Concile Drukpa annuel. Je voudrais remercier chaque individu et organisation pour leur soutien au 3ème ADC qui aura lieu prochainement au Ladakh. Si pour une raison inexpliquée vous ne voyez plus de messages sur mon site internet, cela veut dire que les prochains quelques messages que j'ai pris tant de temps à écrire sont coincés quelque part ici. Alors en tout cas, nous nous retrouverons bientôt au Ladakh. Chaque connexion que nous établissons au Ladakh est sans aucun doute une connexion valable qui favorisera nos rencontres futures, encore et encore !

 

 

Une rencontre avec mon Gourou à son monastère en 1990, quand la neige et la pluie se sont manifestées pour un accueil chaleureux et auspicieux

 

 

 

 

 

 



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