Le Ladakh aime l'univers

le 11 août 2011

Rappelez-vous, il y a un an nous avons connu une catastrophe terrible au Ladakh. Les pluies torrentielles avaient tué de nombreuses personnes et endommagé beaucoup de maisons. De telles pluies étaient inconnues au Ladakh avant le 6 août 2010, et la population n'y était pas préparée. La chose la plus horrible dans ce monde est de ne pas être préparé pour quelque chose. Si vous êtes préparé, et surtout mentalement préparé, la vie sera tellement plus facile. Mais souvent, nous ne pensons pas à l'importance de la préparation. Parfois, ou chaque fois que nous disons « vivre au moment présent », beaucoup de gens pensent que cela veut dire « rêver au présent ». Ils pensent que je les encourage à ne pas être préparé et seulement à profiter de chaque instant du présent. D'un certain point de vue c'est vrai parce que nous devons tous profiter de notre vie, quelle que soit sa courte durée. Mais d'un autre point de vue, ce n'est pas le cas parce que nous devons être préparés. Vivre au présent est en fait une pratique pour préparer notre esprit, en aiguisant notre conscience et notre compréhension de la vie elle-même. La plupart du temps, nous ne savons pas ce que nous faisons. Nous nous contentons de laisser nos pensées vagabondes nous contrôler.

L'un des principaux objectifs de notre rassemblement le 6 août, un an après, n'est pas d'en faire la commémoration, mais parce que cela marque le jour qui est vraiment le point de départ de l'apprentissage. Nous devons nous rappeler encore et encore, pourquoi est-ce que cette catastrophe est arrivée ? Est-ce que elle était naturelle ou due à l'homme ? Les catastrophes naturelles font référence à une terminologie bien connue que les gens utilisent chaque fois que quelque chose comme des pluies torrentielles, des tremblements de terre ou des tornades se produisent dans ce monde. Mais est-ce vrai ou non ? D'après moi, il s'agit de catastrophes dues à l'homme. Depuis des générations, nous ne respectons pas la nature. Oubliez la nature, nous ne respectons pas nos familles, les autres êtres, nos amis, nos parents… nous devons nous rappeler que nous sommes un des espèces de la nature, et non pas au-dessus de cette dernière. Ainsi, vous devez maintenant apprendre à vous respecter les uns les autres. Comme toutes les religions et croyances le disent, respecter autrui et se respecter les uns les autres est très important. Cela doit être mis en pratique et non seulement prêché. La minute où vous perdez le respect d'autrui, vous n'êtes plus des êtres intelligents.




« Le Ladakh aime l'univers » ou « le Ladakh vous aime » revient au même. Les gens aiment toujours leur pays ou leur lieu de naissance, comme « j'aime l'Inde » ou « j'aime l'Inde ». N'est-ce pas beaucoup plus puissant de dire « je vous aime », où « vous 
» peut être n'importe quoi ! Cette fois-ci, comme sur les casquettes que nous distribuons à autant de participants que possible, le « vous » (« U » ou « you » en anglais), correspond à « l'Univers », ce qui est plus puissant et efficace. Vous ne le pensez pas ?

De nos jours, l'amour commence à ressembler au désir ou à un outil pour contrôler les autres, et il se transforme en catastrophe. Ainsi, vous n'aimeriez pas utiliser le mot « amour » ou être aimé parce que si quelqu'un vous aime, c'est fini, vous seriez peut-être mort ! Est-ce si mal, dramatique et catastrophique ! Nous osons l'exprimer ainsi. Par exemple, chaque fois nous disons « j'aime le bœuf », cela veut dire que nous allons le manger. Indirectement, nous sommes en train d'abattre, de prendre la vie d'autrui et de nier leur droit de vivre.

Réfléchissez tout simplement quand vous dites « j'aime ma femme » ou « j'aime mes enfants ». Dites-moi ce que vous allez faire avec votre femme et vos enfants. C'est très dangereux si vous les aimez de la même façon que le bœuf, n'est-ce pas ? Allez-vous les dévorer ? Ou est-ce que nous allons en prendre possession ? Dans notre monde, pour beaucoup d'entre nous « l'amour » veut dire « le contrôle ». Il ne fait pas référence au « respect » ou à « l'appréciation ». Cela veut dire que nous allons leur ôter leurs droits. Le plus triste est que nous pensons toujours que nous sommes au-dessus de tout. Nous essayons même de modifier la nature parce que « nous aimons la nature ». Mais nous ne l'aimons pas telle qu'elle est. Nous aimons la soi-disant « nature » que nous créons pour répondre à nos désirs. Mais nous oublions que la nature ne peut pas être créée. Elle est là et nous en faisons partie.

La fin de l'histoire est que l'amour doit être compris comme étant « le respect » et « l'appréciation », et non pas comme le désir ou un outil de contrôle. Chaque fois que nous disons que nous aimons quelque chose ou quelqu'un, c'est presque comme si nous voulions les contrôler. Nous devons comprendre et apprécier le fait que tout dans ce monde fait partie de la nature et que nous devons coexister harmonieusement et en paix, sinon des catastrophes prendront le dessus. Les catastrophes sont là pour nous dire qu'il y a un déséquilibre et que nous devons faire attention et un réajustement en direction de la nature. Ce sont de grands enseignements à apprendre. Sinon, les catastrophes ne sont que des drames, épisode dramatique après épisode dramatique, cauchemar après cauchemar.

La nature est notre plus grand enseignant, comme je le dis encore et encore depuis que je sais parler. Mais nous ne nous rendons pas compte et ainsi, nous sommes constamment en plein pagaille. De nos jours, la plupart des gens, surtout ceux de la société moderne, vivent dans un état de stress important parce qu'ils sont très loin de la nature. Nous vivons en appuyant sur des boutons, des boutons après des boutons. Nous ne savons même pas comment notre vie fonctionne. L'instant où nous commençons à perdre le contact avec la nature, nous perdons le contact avec notre vie, ce qui veut dire que nous commençons à vivre une vie très plastique.

La pratique spirituelle est le processus de compréhension et d'amélioration de notre vie. Par « vie », j'entends l'être intérieur qui aura une influence sur notre existence extérieure. Ce n'est pas la vie superficielle que beaucoup d'entre nous sont en train de vivre en ce moment. Ce n'est pas le genre de vie que l'on voit à la télévision ou que les publicités sont en train de nous vendre. Nous ne voulons pas être contrôlés par une sorte de vie heureuse imaginaire que les autres nous présentent. Nous n'avons pas besoin que les publicités nous disent comment vivre heureux en possédant une mercedes benz, en prenant des vacances chères, en portant des vêtements et des montres coûteux. Nous devons vraiment avoir le contrôle et vivre consciemment, avec une pleine compréhension de ce qui constitue la véritable essence de la vie si nous voulons réellement être heureux et vivre une vie fructueuse.

De nos jours, notre éducation moderne nous enseigne trop l'égoïsme et des comportements, actes et pensées égoïstes. Le sens de nous et les autres, ou plutôt la différenciation entre nous est les autres est tellement forte que nous avons oublié qu'ensemble, collectivement, nous sommes tous membres de la nature et de cet univers. Progressivement nous perdons notre capacité à partager, à respecter et à apprécier.

Le moment est venu pour nous de marquer une pause et de réorganiser notre vie, en réorganisant notre motivation. C'est que si nous sommes encore en vie, nous avons toujours la possibilité de le faire. N'attendez pas plus, demain sera trop tard !

 

 





© Le Douzième Gyalwang Drukpa. Sauf mention contraire, le copyright de tout le contenu de ce site internet appartient au Douzième Gyalwang Drukpa. Aucune partie de ce site ne peut être dupliquée, stockée ou transmise sous quelle que forme ou par quel que moyen que ce soit
(y compris électronique, mécanique, photocopie ou enregistrement) sans l'autorisation écrite préalable du Douzième Gyalwang Drukpa.

Association Drukpa Humanitaire  |  Publications internationales Drukpa  |  École Druk Péma Karpo 
Nonnerie Druk Gawa Khilwa
| Vivre pour Aimer