Vivre audacieusement

le 24 février 2012

Depuis des années, de nombreuses personnes se plaignent que je ne respecte pas les standards habituels ou les règles normales, ce qui est vrai. La plupart du temps, des gens comme moi doivent se conformer à certaines traditions et cultures, malheureusement. Comme nous le savons tous, ce monde est rempli d'étiquettes et donc, les cultures, les traditions, toutes ces différentes choses sont en fait incluses dans l'ensemble d'étiquettes qui définit qui nous sommes, ou plutôt ce que nous sommes. Nous sommes piégés par ces définitions et après nous devons agir en conséquence, que cela nous plaise ou non.

Je ne suis pas en train de dire que ce n'est pas bien d'avoir des étiquettes ou de définir nos rôles dans nos communautés et nos sociétés. Ce serait vraiment chaotique si nous n'avions aucune étiquette. Par exemple, dans certains bureaux que j'ai visités, ils ont ce qu'on appelle un système de classement, et chaque armoire a une étiquette. Alors imaginez s'il n'y avait aucune étiquette, ce serait vraiment le désordre. On n'arriverait pas à trouver les documents dont on a besoin. On en deviendrait fou.

Nous avons besoin d'étiquettes pour nous organiser, mais nous n'en avons pas besoin au point d'étouffer notre créativité. Sans la créativité, nous devenons comme des robots. C'est pourquoi nous devons emprunter le chemin du milieu, et avoir des étiquettes sans être piégés par ces dernières. Ne soyez pas attachés aux étiquettes parce que cela nous encourage à avoir un ego plus grand, et par conséquent des problèmes plus grands. Nous avons suffisamment de problèmes à régler dans notre vie. Nous n'avons pas besoin d'empirer les choses.

Nous devons être audacieux. Nous sommes ceux qui contrôlent les étiquettes, et non le contraire. Par « audacieux », je ne veux pas dire que vous pouvez aller tuer votre ennemi ou vous enivrer et faire toutes sortes de choses insensées. Cela fera non seulement du mal aux autres, mais aussi à vous-même. Par « audacieux », j'entends que nous devons être au moins assez audacieux pour nous observer clairement, sans fabrication. La plupart du temps, quand quelque chose ne marche pas, nous pensons rapidement à des raisons pour nous excuser et presque immédiatement, nous blâmons les autres pour les problèmes. Si nous regardons autour de nous, et si nous observons le monde dans lequel nous vivons, 90 % des gens agissent de la sorte, et je dirais qu'ils n'ont pas de tripes. Ils n'ont pas le courage d'assumer la responsabilité des fautes, de se corriger, de s'améliorer et ensuite de progresser positivement sur le chemin.

Le plus souvent, quand nous, les humains, nous asseyons ensemble pour discuter, si nous écoutons attentivement avec une lucidité perçante, nous nous rendrons immédiatement compte que tout tourne autour de combien nous sommes bons et les autres mauvais. C'est très rare que nous félicitions les autres, surtout les personnes que nous n'aimons pas ou que nous détestons. Je pense que notre ego est si énorme qu'il prend toute la place qu'il nous reste pour être audacieusement différents, audacieusement gentils et audacieusement compréhensifs.

Je dis toujours à mes amis et étudiants qu'il est si facile de se plaindre et de critiquer parce que cela rend notre ego tellement heureux. Notre ego est encore plus content quand nous arrivons à faire en sorte que davantage de personnes se plaignent et critiquent comme nous. Je suppose que c'est de cette manière que les différents partis politiques se forment dans divers pays. Et pourtant, nous ne sommes pas assez audacieux pour nous arrêter de nous plaindre ou de critiquer, notamment quand il s'agit de quelque chose, de quelqu'un ou de quelque situation que nous n'aimons pas, que nous détestons ou qui nous rend mal à l'aise. Nous voulons que toutes nos connaissances se joignent à nous dans ce voyage lâche d'abandon à notre ego. Les sots s'y joindront, mais les éclairés ne le feront pas. Je le vois souvent arriver dans notre société, dans notre communauté. La plupart des gens agissent avec les émotions de façon à ce que l'ego se sente bien temporairement, mais souffre longtemps après. En fait, les émotions sont des assassins de toute activité dans notre vie. Elles brouillent notre compréhension et nous perdons notre clarté.

Un héro qui ose vivre une vie heureuse est celui qui arrive à vaincre son ego et à contrôler le Mara intérieur. Le Mara se manifeste en tant que jalousie, fierté et toutes ces émotions embrasées qui nous font sauter et dire ou faire des choses qui font du mal à autrui. Alors vous devez toujours vous vérifier vous-mêmes pour voir si vous le faites souvent, si vous aimez commérer et appréciez les sensations brûlantes. Si c'est le cas, alors essayez d'avoir l'audace d'arrêter.

Il faut beaucoup de courage pour se dire que l'on a tort et qu'il faut changer et s'améliorer. Nous avons besoin d'arrêter les sentiments de colère, de jalousie, de fierté et d'insécurité. Nous devons développer ce miroir intérieur afin de pouvoir aiguiser nos outils pour vivre audacieusement une vie qui porte des fruits, qui est bénéfique et porteuse de sens, et enfin qui est véritablement magnifique. Ce n'est pas grave de faire des erreurs, mais ça l'est si on ignore les erreurs et que l'on continue à refaire les mêmes erreurs encore et encore, sans avoir l'envie de devenir une personne meilleure, de s'améliorer. Si vous êtes un pratiquant spirituel, les erreurs et les obstacles sont là pour vous rendre plus audacieux et vous faire progresser plus rapidement, mais seulement si vous confessez et vous transformez positivement.

L'ego limite notre progrès, et afin de repousser nos limites et de réussir, nous devons vraiment vivre audacieusement. Avoir l'audace d'aimer votre ennemi, parce qu'aimer votre famille et vos amis qui vous apprécient est trop facile. Avoir l'audace d'être gentil avec les personnes qui sont désagréables et méchantes avec vous, parce qu'être gentil avec des personnes qui sont gentilles et agréables avec vous est trop facile. Avoir l'audace de reconnaître vos défauts et de vous améliorer, parce que vous pardonner et blâmer les autres est trop facile. Avoir l'audace d'assumer des responsabilités et ne pas se contenter de commérer, parce que mettre en œuvre des idées positives est véritablement la pratique d'un héro. Alors ayez l'audace d'être un bon être humain, osez être un ami vertueux et ayez l'audace d'apporter un changement positif dans votre vie.

Voilà mes petits conseils pour la nouvelle année du Dragon.

 

 


 



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