Je suis le meilleur

le 16 octobre 2012

Si nous passions quelque temps à écouter notre propre voix, nous ne serions pas étonnés de constater que nous disons ou pensons des choses comme, « Si je m'en occupais, les résultats seraient bien meilleurs. Si c'était moi qui organisais ce programme, il serait plus réussi. Si j'étais celui qui faisait la conception, ce serait plus beau. » Et si, et si, et si… Nous regardons ce que les autres font et comment ils vivent, et dans notre esprit, l'ego dit toujours, « Je suis le meilleur ! Je suis le plus fort ! Je suis le plus puissant ! Je suis le plus populaire !  »

C'est parce que notre esprit déborde de ce genre d'attitude égoïste que nous n'avons pas d'espace pour les autres, et que nos émotions deviennent sauvages. Nous devenons incontrôlables. Je ne dirais pas que vous deviendrez fous, mais je pense que ce n'est pas loin. Des émotions brûlantes qui viennent du « Je suis toujours le meilleur ! Personne n'est meilleur que moi » vous amèneront un jour à faire, à dire et à penser des choses insensées. Je l'appelle une « intoxication émotionnelle » ou la maladie du « je suis le meilleur ».

C'est très facile pour nous de tomber sous l'emprise de cette notion intoxicante de « je suis le meilleur », notamment quand nous sommes entourés d'amis et d'entreprises qui ne nous disent que ce nous aimons entendre. Bien sûr, tout le monde, moi-même compris, aime entendre des choses agréables et des commentaires encourageants au sujet de tout ce que nous faisons. Quand ceci arrive, je me demande toujours, « Suis-je si bon ? » parce que je ne veux pas m'emporter et devenir malade du syndrome de « je suis le meilleur ».

Alors les années passantes, j'ai fait en sorte de devenir un peu « dur d'oreille ». J'écoute tout le monde pour entendre sa version de l'histoire et essaie de ne pas juger puisque que chacun pense, jusqu'à un certain point, que « J'ai raison. Je suis le meilleur. Les autres ont tort. » J'ai rencontré des milliers et des milliers de gens qui racontaient des choses différentes de leur point de vue. Même mes chiens et mes animaux de compagnie font la même chose. Ils se plaignent des autres animaux parce qu'ils pensent qu'ils sont les plus propres, les plus intelligents et les meilleurs. Quand vous souffrez du syndrome de « je suis le meilleur », cela vous montre que vous avez encore beaucoup de chemin à faire, que vous devez davantage intégrer la pratique dans votre cœur et vous rendre plus compréhensif.

Je connais une plaisanterie idiote que j'ai toujours voulu partager d'une manière polie, mais n'ai jamais eu l'occasion de dire quelque chose. Par exemple, nous sommes un groupe d'amis en train de faire de grosses commissions dans les toilettes de quelqu'un et nous mettons beaucoup de désordre. Le propriétaire de la maison, et bien sûr des toilettes, vient faire de grandes histoires en disant que nous devons nettoyer derrière nous. Vous n'auriez pas envie de nettoyer derrière les autres, alors vous chercherez de haut en bas vos propres « affaires », en espérant que vous n'aurez pas à nettoyer celles des autres, parce les vôtres sont plus propres et acceptables que celles des autres. N'est-ce pas notre façon de regarder les autres ? Les autres sont moins propres, moins acceptables, moins appropriés comparés à nous-mêmes. Nous sommes toujours meilleurs, sinon les meilleurs.

Le monde est dans un état de désordre à cause de notre attitude individualiste de « je suis le meilleur ». Collectivement, cette attitude de « je suis le meilleur » engendre beaucoup de chaos et de souffrance dans de nombreux coins du monde. Parce que « je suis le meilleur », je dois m'approprier les pays des autres et donc des guerres éclatent. Parce que « j'ai plus besoin des ressources naturelles que quiconque », j'abuse de la nature des autres en m'appropriant leurs forêts, leur or, etc. C'est le problème de « je suis le meilleur ». Depuis les disputes individuelles aux problèmes internationaux, d'après ma compréhension, ils sont tous le résultat de « je suis le meilleur ». Même au sein des religions, des lignées bouddhistes, nous ne sommes pas en harmonie. Nous devons constamment prouver que nous sommes les meilleurs, et en ce faisant, nous sacrifions notre propre compréhension et notre propre éveil.

Alors à quoi bon penser que « je suis le meilleur » et perdre notre propre direction et notre chemin, du fait que nous ne nous laissons pas du tout d'espace pour nous améliorer. « Le meilleur » veut dire « la fin ». Je pense que si, honnêtement, nous faisons un pas en arrière pour nous regarder, nous verrions que c'est acceptable de ne pas être le meilleur, le second meilleur, le troisième meilleur ou même le dernier. Ce sens d'humilité nous donnera beaucoup d'espace pour nous améliorer et pour accepter toutes sortes de situations. N'est-ce pas la raison pour laquelle nous sommes sur le chemin spirituel ? Mais à nouveau, je ne dis pas que vous ne devez pas faire de votre mieux. « Faire de son mieux » et « je suis le meilleur » sont deux choses bien différentes. « Faire de son mieux » veut dire que vous faites des efforts pour réussir. « Je suis le meilleur » veux dire qu'en dehors de vous-même, personne d'autre n'existe. Les deux choses sont complètement différentes. C'est quelque chose que vous devez comprendre.

 

 




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