Abus au nom de la dévotion au Gourou

le 7 octobre 2014

Les abus au nom de la dévotion au gourou sont une chose très courante de nos jours, en particulier chez les pratiquants du Vajrayana. En sanscrit, le mot « Guru » est très lourd de sens : c'est celui qui dissipe l'obscurité de l'ignorance. Ainsi, un gourou pèse lourd en termes de qualités de réalisation, de compassion et de sagesse. Malheureusement, en ces temps dégénérés où nous vivons aujourd'hui, en tant que pratiquants du Vajrayana nous sommes toujours confrontés à la confusion concernant la dévotion au gourou. Quand nous nous déclarons pratiquants du Vajrayana, on nous dit que nous irons en enfer Vajra si nous avons des doutes sur notre lignée ou sur les activités de notre gourou.

Dans le Vajrayana, on nous enseigne que « Les activités du Gourou sont les activités du Bouddha. » Il y a toutefois un grand MAIS, qui dépend de si le gourou est éveillé ou non. Nous sommes au XXIème siècle. Vous-même, en tant qu'étudiant, devez avoir la possibilité d'examiner les choses. Le Bouddha Shakyamuni lui-même n'a cessé de dire que vous devez, en tant qu'étudiant, examiner votre gourou soigneusement. Seulement après avoir soigneusement examiné votre gourou, vous pouvez alors confirmer que vous commencez la pratique de la voie du Vajrayana.

Aussi, après avoir donné de nombreux enseignements profonds, le Bouddha Shakyamuni a dit à ses disciples : « J'ai donné les enseignements. Vous devez maintenant vérifier et examiner avant de suivre. Et vous n'êtes pas vraiment obligés de suivre uniquement parce que c'est ma doctrine. » En ce qui nous concerne, nous devons vérifier et examiner les enseignements donnés par nos maîtres et ensuite décider si nous voulons les suivre ou pas.

Certains pensent que le fait que le gourou soit éveillé ou non n'a pas d'importance ; tant qu'il ou elle enseigne le Dharma, les étudiants pourront obtenir l'éveil en une vie. J'en doute. Par exemple, vous prenez des cours de cuisine et l'enseignant est peut-être un cuisinier célèbre qui sait faire sa promotion commerciale ; mais avez-vous goûté la cuisine qu'il ou elle prépare ? Des recettes délicieuses vous sont données par cet enseignant célèbre, mais est-ce qu'il ou elle a fait la cuisine en utilisant cette recette ou est-ce seulement une connaissance intellectuelle ? Est-ce qu'il ou elle a une connaissance empirique ou l'expérience de la cuisine ?

La connaissance par l'expérience est très importante dans la relation spirituelle de gourou à disciple. C'est pourquoi, dans le Vajrayana, la relation pure entre un gourou qualifié et un étudiant qualifié est absolument vitale pour atteindre l'éveil en une vie. Mais à nouveau, je tiens à vous rappeler que vous devez d'abord examiner le gourou, prendre le temps de connaître ses qualités et activités, ainsi que la lignée.

En tant qu'étudiant on ne devrait pas vous refuser ce droit élémentaire. Ultimement, vous pratiquez pour vous éveiller pour le bien de tous les êtres. Vous ne devriez pas prendre le train en marche, comme un fan aveuglé par une célébrité ; ce n'est pas un fan club. Evidemment vous ne voulez pas non plus vous retrouver coincé dans une secte, et perdre votre intelligence et votre bon sens élémentaires. Il vous faut être aussi normal que possible, ainsi que plus ouvert et plus spacieux après avoir suivi un maître authentique et une lignée authentique. Il n'y a pas de lignée si le gourou n'est pas authentique, et il n'y a pas de gourou si la lignée n'est pas pure.

Même si votre gourou vous demandait de sauter du 20ème étage et que vous ayez de sérieux doutes à ce sujet, vous pouvez vous incliner devant lui ou devant elle et lui dire sans colère : « Il n'y a aucun intérêt à ce que je saute d'ici, alors je ne souhaite pas sauter. » Dans le Gurupancashika d'Asvagosha (Les 50 stances de dévotion au gourou), il est dit clairement dans la stance 24 : « Si vous n'avez pas la connaissance ou la capacité de faire ce que dit le gourou, expliquez en termes polis pourquoi vous ne pouvez pas obtempérer. »

Votre gourou vous demande de faire quelque chose et bien que cela semble faisable, si vous ne pouvez pas le faire et vous ne pouvez pas accepter, vous pouvez demander des éclaircissements pour dissiper vos doutes. Supposons que, en tant que votre gourou, je vous dise : « Ne vous déchaussez pas dans ma chambre. » Vous pouvez vous sentir libre de me demander : « Pourquoi est-ce que vous voulez que nous portions des chaussures dans votre chambre ? » si c'est quelque chose qui ne vous plaît pas, et que vous aimez l'idée de vous déchausser mais que moi, je n'aime pas l'idée d'enlever les chaussures. Vous pouvez me demander quelles sont mes raisons parce que vous ne les connaissez pas, et il me faudra une bonne raison pour vous demander de ne pas vous déchausser dans ma chambre. Une bonne raison signifie que la raison doit être logique de façon à ce que vous vous sentiez à l'aise de porter des chaussures dans ma chambre ; la raison ne doit pas être dénuée de bon sens.

Il est injuste et illogique, en tant que votre gourou, que j'attende que vous, mes étudiants, acceptiez tout ce que je dis, sans que vous ayez l'opportunité d'examiner et de réfléchir. En tant que votre gourou, je dois avoir une bonne raison, logique et de bon sens. Ainsi, à partir d'aujourd'hui vous garderez vos chaussures dans ma chambre parce que vous saurez et comprendrez pourquoi. Jusque-là, vous avez le droit de questionner, mais sans colère ; il vous faut comprendre la logique derrière l'instruction du gourou.

Dans une des vies antérieures du Bouddha comme disciple brahmane, il avait un gourou qui disait à ses disciples d'aller voler pour lui. Sa logique était la suivante : puisque l'univers a été créé par Brahma, c'était correct pour des brahmanes ou fils de Brahma de prendre des choses appartenant à leur père sans demander, et donc cela ne devait pas être considéré comme un vol. Mais le Bouddha ne suivit pas les instructions de son gourou et dit « Le vol n'est à aucun moment religieux », et il expliqua de différentes manières pourquoi voler n'était pas bien et était nuisible pour autrui. Le Bouddha devint l'un des meilleurs disciples de son gourou.

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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