Le mystère du Samaya

le 9 octobre 2014

La première chose que l'on doit clairement comprendre, en tant que pratiquant spirituel engagé de manière authentique sur la voie du seigneur Bouddha, est que son enseignement doit être compris de façon logique, que l'on soit pratiquant du Vajrayana, du Mahayana ou du Théravada. Le Bouddha enseigna sur la vérité universelle. À ce titre, son enseignement peut être testé, examiné et vérifié car sa vérité a une portée universelle. Les maîtres spirituels bouddhistes sont là pour apporter des explications au sujet de l'enseignement authentique du Bouddha. Les disciples et étudiants du Bouddha Dharma que nous sommes doivent toujours le garder à l'esprit.

Si des doutes subsistent dans votre esprit, clarifiez-les auprès de votre maître qui doit être qualifié pour vous en apporter les explications en toute honnêteté et sans le moindre intérêt personnel, car le seul devoir qui lui incombe, en tant qu'enseignant du Dharma, est de clarifier vos doutes et non pas d'ajouter à votre confusion. Aussi, s'il ou elle ne détient pas la réponse, il ou elle doit vous dire en toute franchise : « Je ne sais pas ». Malheureusement, je suis au regret de vous dire qu'il est très difficile de trouver de nos jours un enseignant authentique et honnête doté d'une motivation pure.

Il y a eu beaucoup de questions ces dernières semaines à propos du Samaya (le lien sacramental), par exemple : « J'ai pris refuge et l'on m'a dit que je suis maintenant lié par le samaya. Ainsi, je ne peux pas remettre en question les actes de mon maître de refuge et sa lignée. » Mais il y a là quelque chose d'illogique, alors que faire ? Certains demandent même : « En doutant des actes de mon gourou et de sa lignée, on m'a dit que j'ai brisé mes samayas et que je vais me retrouver dans les enfers Vajra ! Alors, qu'est-ce que je peux faire ? » et ainsi de suite.

Tout d'abord, quiconque vous a soi-disant donné des samayas ou « vœux tantriques », a-t-il ou elle préservé ses propres vœux de manière intacte et pure ? Vous devez comprendre que l'on ne peut pas donner aux autres ce que l'on ne possède pas soi-même. Si l'enseignant a brisé le samaya avec son gourou ou ses frères et sœurs vajra, il ou elle n'a pas de samaya à vous donner. Le samaya doit provenir d'une lignée pure, précieuse/lumineuse (« golden ») et intacte, et l'enseignant qui vous donne le samaya doit l'avoir préservé de manière pure, précieuse et intacte. Elle doit être une lignée belle, pure, précieuse/lumineuse et intacte.

Le samaya n'est en aucun cas quelque chose qui surgit de nulle part ! Le samaya s'inscrit dans une lignée qui se transmet depuis Vajradhara jusqu'à votre propre gourou. Le samaya n'est autre que la réalisation, la réalisation du Mahamoudra ou du Maha Ati. Par exemple, moi-même en tant que gourou, je dois posséder la réalisation de Vajradhara transmise de Tilopa à Naropa puis aux autres maîtres de la lignée jusqu'à mon propre gourou, ou bien depuis Gourou Padmasambhava jusqu'à mon gourou. Une fois que ce samaya m'a été transmis, je dois le préserver comme quelque chose de précieux. Mais le préserver ne suffit pas, il me faut également le pratiquer, et en obtenir la réalisation. Je dois le préserver avec la motivation pure d'être bénéfique à tous les êtres et le transmettre à des disciples et des étudiants qualifiés. Ce que l'on appelle un disciple qualifié est une personne qui est prête et qui possède les qualités ou les qualifications de réalisation ou de compréhension.

Dans cette ère de l'information, beaucoup d'enseignements du Vajrayana ont fait l'objet de traductions, certains passages ayant été en partie extraits et communiqués au public. Parfois par compassion et bonté, certains maîtres du Vajrayana donnent des enseignements du Tantra Anuttarayoga ainsi que des initiations, même à des débutants, pour leur permettre d'avoir une connexion avec la voie du Vajrayana. De tels enseignements sont souvent transmis avec des vœux de samaya. Toutefois, cela ne veut pas dire que les étudiants qui ont reçu ces enseignements et qui ne possèdent ni les qualifications pour les mettre en pratique ni la réalisation, sont liés par ces vœux. Les étudiants doivent avoir obtenu un certain degré de réalisation par le biais de la pratique et, une fois qu'ils ou elles ont reçu le samaya à travers le Tantra Annutarayoga, la pratique est censée engendrer de véritables effets. S'il n'y a ni l'intention de pratiquer ou même de recevoir les vœux de samaya, ou si les vœux de samaya ont été reçus sans aucune intention ou compréhension, alors les étudiants n'auront pas du tout reçu les vœux de samaya. Fondamentalement, il faut à la fois que le gourou et l'étudiant soient tous deux qualifiés pour que les vœux de samayas soient effectifs.

Le samaya n'est pas un sujet à plaisanterie ou quelque chose que l'on peut négliger. Ce n'est pas quelque chose qui peut être passé de main en main comme un contrat mondain. C'est une affaire très sérieuse. Quiconque vous le transmet doit avoir gardé le samaya pur, et la personne qui le reçoit doit être prête et dotée des qualités requises pour le recevoir.

De manière générale, on dit que l'étudiant doit être tel un réceptacle parfait pour recevoir l'enseignement, et dans le cas du lien de samaya, le gourou doit également être un réceptacle parfait pour transmettre l'enseignement. Vous devez envisager le samaya tel un pur nectar. Si le gourou n'est pas prêt ou n'a pas le samaya authentique, il ou elle se retrouve tel un réceptacle contaminé et quand bien même le nectar fût des plus précieux et dorés, il deviendrait alors souillé et donc, une fois transmis au disciple, il ne possèderait plus cette qualité pure et dorée. Ce serait alors autre chose, différent de ce que nous appelons tous le samaya.

Alors il suffit que je vous donne le refuge pour que vous vous retrouviez liés à moi par le lien du samaya ? Certainement pas. Le refuge et le samaya ne sont pas la même chose. Le samaya n'est pas un sombre sort qui vous a été jeté. Nous sommes des disciples de l'enseignement du Bouddha et non pas d'un culte. Au lieu de toujours renvoyer la responsabilité sur le fait que nous vivons dans un âge sombre marqué par une multitude d'enseignants à la motivation impure, vérifions plutôt notre propre motivation en tant que disciples. En effet, sommes-nous à la recherche d'une voie qui mène à la libération pour le bien de tous les êtres ou bien passons-nous notre temps à errer et traîner au sein d'un fan club ? Comme le Bouddha l'a répété à de nombreuses reprises dans différents enseignements : « Mon enseignement n'est qu'un moyen de pratiquer, ce n'est pas quelque chose dont il faut s'accaparer ou vénérer. »

Encore une fois, j'encourage vivement tous, y compris mes propres étudiants et disciples, à examiner vos enseignants, leurs enseignements ainsi que leurs actions. Un maître authentique n'aura aucune crainte d'être mis à l'épreuve. Il faut revenir aux principes fondamentaux que le Bouddha a enseignés. Celui-ci nous a d'abord donné les cinq préceptes du refuge afin de ne pas nuire à autrui, avant de donner les préceptes de Bodhicitta dans le cadre du Mahayana afin de protéger et venir en aide à autrui. Nous devons au moins bien pratiquer ces deux niveaux de préceptes. Nous devons au moins avoir cette motivation de ne pas faire de mal à autrui et leur venir en aide. C'est le moins que l'on puisse faire si l'on veut se considérer comme des pratiquants bouddhistes et si l'on aspire sincèrement à devenir de bons êtres humains.

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



© Le Douzième Gyalwang Drukpa. Sauf mention contraire, le copyright de tout le contenu de ce site internet appartient au Douzième Gyalwang Drukpa. Aucune partie de ce site ne peut être dupliquée, stockée ou transmise sous quelle que forme ou par quel que moyen que ce soit
(y compris électronique, mécanique, photocopie ou enregistrement) sans l'autorisation écrite préalable du Douzième Gyalwang Drukpa.

Association Drukpa Humanitaire  |  Publications internationales Drukpa  |  École Druk Péma Karpo 
Nonnerie Druk Gawa Khilwa
| Vivre pour Aimer